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  • Isabelle

Un âtre et une lucarne dans le toit

Dernière mise à jour : 2 sept.

A la lisière de la forêt, on aperçoit, isolée, une petite maison en bois. C’est la demeure de Séraphine. Elle vit loin des gens. Au village on préfère la garder à l’écart. On la raille, on l’injurie, on la fuit ou on la craint, les enfants lui jettent des pierres. On la prétend sorcière.


Un jour qu’elle cueillait des champignons, à quelques centaines de mètres de chez elle, Séraphine entend soudain un crépitement. Un feu ? près de sa maison ? Elle court en direction des flammes qui prennent rapidement de l’ampleur. Sa maison brûle. Pétrifiée elle regarde sa vie partir en cendres. Il est déjà trop tard. Jusqu’à la dernière flamme elle reste là. Personne n’est venue l’aider, ne lui a apporté le moindre secours. Au village, pourtant, tout le monde sait.


Alors Séraphine quitte cette terre, ce feu. Elle se met en quête d’un abri, avant de connaître à nouveau, espère-t-elle, un lieu habitable. Elle passe quelques jours dans une grotte, trop humide, trop sombre, trop froide. Pour se réchauffer elle allume un feu – elle n’en veut pas au feu et peut le regarder en face. Dans son sommeil c’est un tout autre feu qui lui apparaît : un feu pour faire des briques. Elle sait alors que sa prochaine maison sera en briques de terre cuite. Au petit matin elle reprend la route, fait un détour par le village, veillant précautionneusement à ne pas être remarquée. Elle pénètre dans une maison pour dérober des habits d’homme. Les propriétaires du lieu ne sont pas dans le besoin. Le moment venu, elle rendra les vêtements. Dans sa nouvelle tenue elle s’en va, chercher un endroit où se fabriquent des briques en terre cuite. Le chemin est long, elle est tenace. Parvenue enfin dans ce lieu tant attendu elle demande à y travailler. Par chance on a besoin de main-d’œuvre, à la surveillance du feu qui doit brûler jour et nuit sans interruption. Elle demande, en plus d’être nourrie et hébergée, à être payée en briques. Surpris, le patron accepte. Des heures durant elle va observer ce feu. Comme elle a affronté, en face, les flammes qui détruisaient sa maison, maintenant elle contemple le feu qui bâtit, et veille sur lui.


Bien que discrète et soucieuse de ne pas être démasquée, elle construit des amitiés. Deux compagnons vont l’aider à élever une maison, brique par brique, non loin de là. C’est une petite maison avec un âtre et une lucarne dans le toit afin de pouvoir, en tout temps, contempler les combes du ciel.


Séraphine a retrouvé des vêtements de femme et a rendu à ses propriétaires les habits volés. Cette fois elle a pris la peine de sonner à la porte et de regarder droit dans les yeux les habitants du lieu. A la surprise de tous, ils se sont mutuellement remerciés.


De retour chez elle, Séraphine songe à son ancienne demeure et se dit que sa nouvelle maison est plus habitable, parce que plus le reflet de son âme.


Une participante à l'atelier Ecriture - Saturne, juillet 2022





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